Le déremboursement des médicaments allopathiques.

On entend régulièrement le Ministère de la Santé annoncer des déremboursements ou des baisses de remboursement pour des médicaments vendus en pharmacie, sous prescription. Peut-être vous rappelez-vous du déremboursement du Rhinadvil il y a quelques années (2011). Cela avait provoqué une petite protestation des français car ce médicament est très utilisé dans le cas d’un rhume ou d’une grippe car il réduit les inflammations et permet de décongestionner le nez. Cela n’a pas empêché la Haute Autorité de la Santé (HAS) d’émettre un avis défavorable au maintien de son remboursement dans le cas des rhinites. La raison évoqué sont notamment les risques cardiovasculaires graves qui sont liés au fait que c’est un vasoconstricteur et que certains des composants ne sont pas recommandés dans le traitement habituel des rhinites. Ainsi fut sonnée le changement du remboursement à 15 % du Rhinadvil et d’autres médicaments un peu moins connus comme le Sudafed et le Derinox en cas de prescription.

Tous les ans, des modifications de remboursements ont lieu. Cette année, le Cetornan le Macugen ou le Tardyféron B9 ont été déremboursés. Vous ne connaissez probablement pas ces noms mais, si vous prenez un traitement régulier, vous ne pouvez nier que ne pas avoir à payer votre traitement à votre pharmacien lorsque vous vous y rende vous est bien agréable (merci le tiers-payant).

Mais, pourquoi tous ces déremboursements ou ces baisses ?

Il y a différentes raisons. La première, la plus évidente et celle qui nous est sans cesse répétée dans les médias c’est le « trou de la sécu ». Le trou de la sécu correspond au déficit annuel de la Sécurité Sociale qui permet à toute personne vivant sur le territoire de profiter de soins de qualité sans avoir à se ruiner. C’est un investissement de l’Etat pour avoir une population en bonne santé qui n’a pas vocation, fondamentalement à faire de l’argent. La Sécurité Sociale est financée par divers impôts dont la fameuse Contribution Sociale Généralisée qui est souvent évoquée dans les médias car c’est un bon moyen pour le Gouvernement d’obtenir des fonds sans faire de grandes réformes. La CSG est présente presque partout, sur vos bulletins de salaire, incluse dans les taxes sur vos investissements et même les retraités la payent. Et le trou ? Si vous vous rendez sur Wikipedia, vous pourrez voir un histogramme qui vous montre l’évolution du trou de la sécu depuis 1998. Il a parfois été positif notamment entre 1999 et 2001 et les prédictions vont vers un retour vers le positif d’ici 2017 résultats d’un grand plan de restructuration de la Sécurité Sociale depuis plusieurs années.

L’une des dépenses principales de la Sécurité Sociale sont les maladies et les personnes âgées. Ces deux catégories sont liées fortement aux dépenses de médicaments. C’est pourquoi l’ensemble des autorités liées à la santé n’ont de cesse de rechercher les dépenses inutiles dans ce secteur. L’expérience montre que lorsqu’un médicament n’est plus remboursé, ou bien moins qu’un équivalent, les médecins ( medecin de garde ) cessent de le prescrire certainement à la demande de leurs patients qui n’ont pas toujours les moyens de payer leur traitement si celui-ci devient lourd. Cela a aussi pour effet de lutter contre la surmédication, un fléau qui devient de plus en plus présent avec le nombre, encore croissant, de « baby-boomers » qui entrent dans la vieillesse tous les ans et qui ont encore de beaux jours devant eux.

Le déremboursement de médicaments jugés inefficaces ou dangereux parait assez naturel. Il est important d’optimiser les soins médicaux pour maintenir une population en bonne santé. Et qui dit une population en bonne santé dit des gens heureux qui dépensent et vivent leur vie tranquillement. En soit, un pays heureux et équilibré.

Et qu’en est-il de l’homéopathie dans tout cela ? Le débat fait rage depuis des années, les rapports se multiplient quant au doute très fort sur leur efficacité mais rien n’est fait pour leur déremboursement alors qu’on le fait pour des médicaments qui ont peut-être une efficacité limitée mais qui est-elle parfaitement connue des professionnels de santé. Vous me direz que 2,20 € environ par-ci par-là est très faible. Certes, le réel problème c’est que l’homéopathie a une popularité qui a explosé ses dernières années et qui est parfois choisie pour complètement remplacer des traitements, parfois pour des maladies graves, sous prétexte qu’il ne faut pas se bourrer de médicaments. L’argument est la surmédication mais l’on voit clairement après ce petit exposé qu’il est bien mal compris par les gens qui l’utilisent pour justifier le choix des traitements homéopathiques comme plus sains et tout aussi efficaces pour soigner une otite. Donc, on se retrouve à soigner des vraies maladies avec des traitements dont on ne connait pas la réelle efficacité et qui nécessitent un nombre de tube différents et en grande quantité (21 granules 3 fois par jour pour une angine pendant une semaine par exemple) ce qui additionne très rapidement c’est 2,20 € et au final coûtera plus cher, que ce soit au patient ou à la sécurité sociale.

Les rapports provenant hautes autorités de santé comme le Conseil scientifique des Académies des Sciences européennes ou la HAS se multiplient et sont établis par des experts. Cependant, la Sécurité Sociale continue de la reconnaître comme une médecine alternative au même titre que l’ostéopathie, l’acupuncture ou la mésothérapie. C’est d’ailleurs une spécialité encadrée et les professionnels de santé doivent passer une formation spécifique pour obtenir l’autorisation de prescription.

Certes, mais la question est là. Pourquoi dérembourser des médicaments dont l’efficacité est connue et prouvée alors qu’on continu de rembourser des traitements dont on ne sait pas grand-chose au final et qui est décrié par les experts. Attention, ce qui est décrié est bien le manque d’information et de réelle preuve d’efficacité et non pas son existence elle-même. Les experts sont d’accords pour les utiliser en complètement de traitements allopathiques existant mais sont absolument contre la mode actuelle qui est de totalement remplacer les traitements classiques.

Pourquoi le Ministère hésite-t-il sur cette question qui parait relativement tranchée ? Peut-être attendent-ils d’autres rapport mais il serait temps d’agir pour éviter que les habitudes des français changent et surtout nuisent à leur santé.